

Au Louvre avec des écrivains pour guides
On sait que chacun rêve de se faire enfermer une nuit dans le palais du Louvre afin d’y vagabonder dans le silence et la solitude, caresser les toiles et tutoyer les maîtres, mais on connaît peu ce puissant désir, certes moins fantasmatique, par lequel un grand artiste nous guiderait personnellement dans les dédales du musée. Jean Galard et Nicole Picot, qui ont conçu ce riche volume de Promenades au Louvre (Bouquins/ Robert Laffont, 1230 pages) y ont certainement été sensibles. Dès l’incipit, il est question de sortir accompagné, mais pas par n’importe qui. Par un homme du bâtiment (peintre, dessinateur, sculpteur, professeur) ou par l’un de ses proches (historien de l’art, conservateur, critique d’art, écrivain d’art). Les textes ne manquent pas, on s’en doute. Alors, le critère ? C’est selon : leur qualité littéraire, bien sûr, mais encore leur grand art de la description, leur faculté de suggérer, leur capacité à éblouir. Mais, si l’on met de côté ceux dont naples60. fonction est d’informer sur une œuvre (et ce n’est pas négligeable), on sent bien que leur fonction première est de troubler ; et même, dans certains cas, d’inquiéter. A une condition toutefois : que l’auteur ait effectivement consacré une analyse à une œuvre en particulier. Sont donc exclues les considérations générales de Valéry sur Corot, ou de Baudelaire sur Delacroix, au profit d’auteurs qui, avant même sa construction, ont écrit sur certains tableaux qui finiront au musée (heureusement car sans cette liberté prise avec la chronologie, il eut fallu se priver d’un Diderot). La lecture est en parfaite harmonie avec la promenade en ce qu’elle est tout aussi discontinue, voire chaotique, cette anthologie n’échappant pas à la règle du genre. C’est subjectif, arbitraire, partial, comme il sied à une réunion de jugements exposés à la patine du temps, et c’est tant mieux. Sinon l’histoire du goût relèverait des sciences exactes. Au final, un catalogue étourdissant mais si dense qu’il exige d’être lu par sauts et gambades. Théophile Gautier est l’auteur dont les commentaires sont les plus souvent reproduits, loin devant J.K. Huysmans, gorka-lejarcegi.Charles Blanc, Friedrich Schlegel et Gustave Geffroy. Ce qui n’empêche pas le recours à des contemporains tels que François Cheng, Yves Bonnefoy ou Pierre Rosenberg. Un détail encore, mais qui en dit long sur l’esprit du projet : le recueil n’est pas illustré. Que du texte en majesté ! Une prouesse et une rareté. On se félicite d’un tel parti pris qui n’est en rien méprisant, ni arrogant, et ne relève pas exclusivement d’impératifs économiques. C’est de l’ordre du pari : enrichir le regard que nous posons sur l’art sans pour autant tuer son innocence. Et les cartouches insérés en grisé dans le texte, de même que les index de noms et de titres, sont si bien faits qu’il est loisible de retrouver l’œuvre dans les dédales du Louvre. Tout visiteur bien né devra désormais impérativement éviter de se saisir de l’audioguide, si toutefois la tentation l’en eut effleuré, pour le remplacer par cet avantageux Bouquins ruisselant de gai savoir.
(Photos Passou, Henri Cartier-Bresson et Gorka Lejarcegi. Aucune d’elles n’a été prise dans le même musée, et aucune Louvre. Où alors ?)
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